samedi 20 février 2016

Frédé et son Aliboron ( 1902- 1938)

La vie Montmartroise de Frédéric Gérard dit le père Frédé
Vers  1900 sa vie Gabinienne mise entre parenthèse,  il commença sa vie de bohème à Montmartre.  Frédéric Gérard était un habitué des rues de Montmartre qu'il arpentait avec son âne " Lolo " en qualité de vendeur de quatre saisons. En 1901, pour exercer ses talents de chanteur et de  guitariste, il reprend à bas prix un cabaret fondé en 1900 par l'anarchiste Gilbert Lenoir, Le Zut, au 28 rue de Ravignan, nommé ainsi en hommages aux zutistes de Charles Cros.
 Il arrive au Lapin Agile en 1903 avec son âne "Lolo " qu'il utilise pour vendre du poisson dans les rue de Montmartre pour compléter ses revenus. Chaque matin à l’aube, déguisé en pêcheur breton, il allait se ravitailler aux Halles. Il en revenait avec son âne Lolo chargé de paniers pleins de poissons. À leur réveil, les ménagères l’entendaient crier la marée dans les ruelles.
Le voici devant le Lapin Agile montrant quelques-unes de ses œuvres à Marguerite, dite Margot fille de sa nouvelle compagne,  et future Madame Mac Orlan.
Frédé présente les caractéristiques et les qualités d’un artiste "touche à tout", tantôt potier, tantôt musicien tantôt chanteur.
 
Mais aussi musicien,


 






Il aime prendre sa guitare et chanter des chansons réalistes, qu'écoutent avec amitié à défaut d'admiration les habitués... tandis que Lolo, dans le jardinet de la rue des Saules, ponctue de ses braiements le tour de chant de son maître... 
Le père Frédé, potier le matin, chansonnier le soir, anime les soirées du cabaret, il chante et fait chanter les uns, déclamer les autres, chacun récite ou reprend en chœur les chansons populaires.





Aristide Bruant, toujours client régulier du Lapin Agile se lie d'amitié avec le tenancier, et lorsque le bâtiment est promis à la démolition en 1913, il le rachète et laisse « Frédé » en assurer la gérance et l’animation.
Sa forte personnalité imprime une impulsion déterminante au cabaret  et donne une nouvelle vie au Lapin Agile.



Le lapin Agile devient le temple des chansonniers et des artistes , c’est le lieu de rendez-vous des écrivains, poètes et peintres montmartrois jusqu'à 1914 : Picasso, Utrillo, Derain, Braque, Modigliani, Guillaume Apollinaire, Max Jacob, André Salmon, Pierre Mac Orlan, Francis Carco, Roland Dorgelès, Gaston Couté, Jules Depaquit, Caran d'Ache, Forain, Jehan Rictus, Charles Dullin….
 Mais les artistes ne sont pas seuls à fréquenter le Lapin Agile : ils côtoient des anarchistes du Libertaire, avec lesquels la cohabitation est parfois tendue, et surtout des criminels venus du Bas Montmartre et du quartier de la Goutte d'Or. La tension devint plus vive encore à partir du moment où Frédéric Gérard, qui voulant créer une clientèle d'artistes, décida de chasser ces voyous  indésirables. Il n’était pas rare que des coups de feu furent tirés dans son cabaret !!!
Dans son roman Le Château des brouillards, Roland Dorgelès mentionne ces incidents. La violence devait atteindre son paroxysme en septembre 1911, lorsque l’ainé des garçons de Frédé, Victor fut abattu d'une balle dans la tête derrière le bar à l’âge de 25 ans!!!    
Frédé, inspire le personnage de Frédéric du "Quai des Brumes" de Mac-Orlan porté au cinéma par Carné. Une bagarre mémorable se retrouve également dans le film, celle qui éclate un soir de 1902, dure toute la nuit et se termine par un véritable siège à la suite duquel  le cabaret est fermé par la police.
Une partie du film a été tournée au Lapin Agile, mais c'est bien de la bagarre du "Zut" qu'il s'agit...

Frédé et Lolo à saint Cyr
 Dès 1902, Frédé  aimait se retirer les week-ends à la campagne en Seine et Marne dans une maison briarde d’un  petit hameau de saint-Cyr sur Morin, près de la Ferté sous Jouarre









À partir de 1912 le groupe d’artistes habitués au Lapin Agile, admirateurs de Frédé quitte la butte en fin de semaine pour se transporter en bande jusqu’à Saint-Cyr sur Morin, non pour y respirer l’air pur, mais pour retrouver à l’auberge de « l’œuf dur », l’ambiance festive du  cabaret montmartrois, fermé le dimanche.
Auberge de l'oeuf dur 2014
Mais la guerre arrive, beaucoup d'artistes sont mobilisés, certains ne reviendront pas.
Bruant et Frédé
La vie montmartroise est en veilleuse et après la guerre, elle sera concurrencée par Montparnasse... Paulo, le fils de Frédé va prendre la relève en 1922 quand Bruant qui a fait de lui son élève et lui a appris à chanter ses poèmes, lui cède le Lapin. 

Frédé voit peu à peu disparaître le vieux Montmartre et pousser les immeubles sur les cabanes du Maquis.  
Son fils anime avec succès le Cabaret du Lapin , sa santé se dégrade , Lolo gravit plus difficilement les rues en pente, Frédé décide, alors, de se retirer à Saint-Cyr sur Morin, dans sa maison des Armenats.
Au cours de ses vagabondages, Lolo  tombe dans le petit Morin et se noie ; certains racontent qu’il a voulu retrouver une ânesse sur l’autre rive, d’autres diront que dépressif d’avoir quitté la vie de bohème montmartroise il s’est suicidé, mais ce qui est sûr c’est qu’il est enterré dans la propriété de Frédé aux Armenats.

La maison des Armenats 2015

Cimetière de Saint-Cyr 
Quant à Frédé, il  décède au Lapin Agile à l’âge de 78 ans le 17 juillet 1938 ;  son fils Paulo, l’a selon ses volontés,  fait enterrer   dans le cimetière de Saint-Cyr sur Morin.

PAULINE GERARD née Gacogne ( 1866-1915)

PAULINE GERARD née GACOGNE
L'école du centre en 1900
Frédé à Montmartre , Pauline seule à Gagny avec ses six enfants obtint le poste de gardienne de l'école du centre.

Ses quatre fils, chacun à l’âge de onze ans, leur certificat d'étude en poche, sont mis successivement en apprentissage. Fernand dans la maroquinerie, Paulo dans la reliure, Marcel dans l’imprimerie, et en 1908, Victor, après son service militaire, rejoignit son père Frédé au Lapin Agile.

La pauvre Pauline après avoir perdu la dernière de ses enfant Aline âgée de sept ans en 1900, puis son fils Victor en 1911, blessé mortellement au lapin Agile, voit partir ses trois autres fils  à la guerre en 1914. Malgré son courage, submergée par le chagrin, elle décéda le 2 mars 1915 à Gagny,  sept mois après la déclaration de guerre. 
Ses trois fils soldats n’ont pas pu venir à l’enterrement.
Paulo, le petit dernier, l’apprit sèchement par un télégramme.
Paulo (1915), le brassard au bras en signe de deuil

Paulo évoquait, les larmes aux yeux, ces moments si douloureux passés dans la boue des tranchées. 
Fernand , mon grand-père ne parlait jamais de cette guerre atroce.





Cet enterrement quasiment municipal tant elle était aimée et considérée fut relaté à l'époque dans le journal.

Jeudi dernier, une cérémonie funèbre des plus imposantes dans sa simplicité avait lieu dans notre commune. Un catafalque dressé au milieu de la grande porte de la grille des écoles communales, recouvrait les restes d’une de nos concitoyennes très estimée, Mme Gérard attachée au service de notre commune depuis de longues années tout spécialement à celui de nos écoles.
Qui ne la connaissait! elle est morte subitement mardi 2 mars, après avoir la veille même distribuer comme elle le faisait chaque jour le bouillon de la cantine. Rien ne faisait prévoir un tel événement aussi la consternation dans le pays était-elle générale.
La municipalité a tenu à lui rendre les derniers devoirs comme témoignages d'estime et de regrets. Une couronne lui a été offerte portant cette inscription : « A Madame Gérard », la cantine municipale reconnaissante. 
Une deuxième a été offerte par le vice président et le trésorier de la caisse des écoles. Bon nombres d'autres émanant de diverses souscriptions des enfants de nos écoles, mais certes la plus touchante a été, sans contredit, celle faite par les déshérités, ceux ou celles venant chaque jour matin et soir   recevoir le bouillon et le bœuf que la brave femme leur distribuait si gracieusement depuis le début de la guerre, c'est-à-dire depuis  le 1er  août 1914. La collecte a produits 6 francs et quelques centimes. C'est superbe. Cela nous prouve le cœur de ces pauvres gens qui ont voulu quand même donner à celle qui les servait depuis sept mois, un témoignage de reconnaissance.
Après l’arrêt à l'église le convoi s'est dirigé au cimetière où les enfants des écoles entourèrent le caveau provisoire où la défunte fut déposée. Là un discours fut prononcé par Monsieur Lhomme premier adjoint vice président de la caisse des Ecoles : Mesdames Messieurs,
La commune de Gagny est terriblement éprouvée depuis l'événement douloureux que nous traversons outre un grand nombre de ses enfants tomber glorieusement au champ d'honneur certains autres sont plus ou moins grièvement blessés. Nous avons encore à déplorer la mort de plusieurs chefs de famille,  enlevés à l'affection de leur foyer. Aujourd’hui, celle qui disparaît que j'appellerai la mère des malheureux était encore à son poste lundi soir. Pouvais je jamais pensé lorsqu'il y a trois jours je prenais congé de Madame Gérard, après le service de distribution du soir effectué, que je la retrouverai le lendemain matin étendu sur son lit de mort. Cruel destin, voilà de tes coups. Est-il possible d’admettre que cette femme si vive, si alerte, qui depuis le début de la guerre le 1er août , s'était multipliée par son labeur constant à remplir la lourde tâche confiée à ses soins. La municipalité ayant transformé la cantine scolaire en cantine municipale. Madame Gérard spontanément c'est mise a besogne de tout cœur préparant et servant la nourriture à plus de 500 personnes par jour. Elle  accomplit cette fonction sans arrêt pendant sept mois.
Est-il croyable qu’à l’heure actuelle nous sommes réunis ici pour saluer sa dépouille mortelle ? O femme aussi modeste qu'énergique je m'incline respectueusement devant ce cercueil.
La guerre, je le crains n'a pas été étrangère au coup mortel qui l’a frappée. Mère admirable, elle ne pensait et ne vivait que pour ses enfants. Le départ de son fils Paul, le dernier appelé, a produit sur elle une révolution intérieure qui lui faisait chaque jour “Maudire le Tyran“ qui a déchaîné sur notre pays tant de ruines et fait tant de victimes. Avec quelle impatience la chère femme attendait les nouvelles de ses trois fils. Quelle anxiété dans l'attente.  Quelle joie à  l'arrivée !… Mme Gérard a été une femme précieuse pour la commune. Depuis nombre d'années, elle s'occupait des classes de nos écoles ; du nettoyage, du chauffage etc.
Enfant du pays, connaissant tout le monde, elle était vraiment maternelle, avait pour tous un mot aimable, sachant au besoin réprimander lorsqu'il y avait lieu. Que des fois que deux fois l'avons-nous remarqué à nos promenades scolaires.
En 1908 lors de sa création de la cantine scolaire, Madame Gérard s'est mise à la disposition de la caisse des Ecoles, accepté avec empressement la charge de cuisinière. Il fallait la voir à la distribution des aliments, accompagnée de son aide,  avec quel entrain elle servait aux enfants les mets préparés.
Bon nombre de ceux qui sont venus lui rendre les derniers devoirs n'ont pas oublié sa maternelle sollicitude. Combien j'ai apprécié son dévouement dans ce service de cinq mois d'hiver où, toujours préoccupée de son petit monde, elle n'avait de repos et de réelle satisfaction, que lorsque les enfants bien lestés, allaient s’ébattre dans les préaux en attendant la classe.
 M. le Maire a bien voulu me déléguer et être son interprète pour parler au nom de la Municipalité. Que pourrais-je dire de plus que ce qui vient d'être dit, ce que nous pensons tous.
Madame Gérard n’a cessé de prêter un concours dévoué à la commission. Que ce soit pour la caisse des écoles, la Société Musicale, la  Société des commerçants, celle des Pompiers, elle était toujours là, remplissant ces diverses fonctions avec sa bonne humeur accoutumée.
Elle a tenu une grande place dans sa modeste situation.
La commune lui doit de la gratitude. Aussi s'est-elle fait un devoir de lui prouver.
En son nom j'exprime à ses enfants nos sentiments de vives condoléances et de sincères regrets. De longtemps ne pourrons la remplacer. Personnellement je dois à ses enfants présents et absents un salut ému et respectueux. Chers enfants, vous pouvez être fiers de votre mère, elle a vécu et travaillé uniquement pour vous.
Je puis en parler. Depuis sept mois j'ai pu la juger et apprécier. Les fleurs et couronnes qui couvrent ce cercueil sont un témoignage éclatant d'unanimes regrets.
Repose en paix cher et bonne Madame Gérard. 
­­Adieu !––

dimanche 1 novembre 2015

LE CEDRE DE GAGNY

LE CÈDRE DU LIBAN GAGNY 93220


Datation : époque moderne ; 3e quart 18e siècle ; vers 1760
Inscrit à l'inventaire des sites et monuments naturels en 1939.


Histoire de la propriété dans laquelle il fut planté
1760…. 1866 
Il fut probablement planté vers 1760 dans la propriété de l'actuelle maison de retraite «  La Cerisaie »
Le très ancien propriétaire serait  un aristocrate nommé ambassadeur en Chine, passionné de botanique il  y aurait  collecté et rapporté diverses espèces, dont ce cèdre.

Antoine Alphonse Chassepot, né le 4 mars 1833 à Mutzig, Bas-Rhin et mort le 5 février 1905 à Gagny, Seine-et-Oise, est un armurier français, acquiert la propriété (18 – 20 rue de Villemomble  angle rue de Villemomble et du Raincy ) et vint s’installer à Gagny  en 1866  et jusque 1905.  Sa tombe est toujours visible  au cimetière de Gagny.
A sa mort,   lotissement d’une partie du terrain et percement de la rue Guillemeteau. Source vieux Montfermeil N° 1963
Le parc de sa propriété  a été démembré mais il reste ça et là quelques souvenirs notamment dans le jardin d’une propriété rue Guillemeteau un superbe ginkgo , arbre aux quarante écus, qui fut pendant longtemps, chaque automne,  une pure merveille; aujourd'hui il a du subir une taille draconienne car il devenait difficile de le maîtriser sur la rue.


Il se retrouve ensuite dans l'Institution Renou , ancienne institution pour jeunes gens ,  fort réputée à l'époque.
Dans la première moitié du XXe siècle elle devient la pension Millet jusqu’en 1954 puis ensuite accueille des personnes déplacées venues de Russie. Maison de retraite russe







 Le cèdre est maintenant sorti de la propriété, et situé place du souvenir français.



 Conifère de la famille des Pinacées
Origine : le Cèdre du Liban pousse en forêts, au Liban ; introduit par les Croisés. Bernard de Jussieu ramène un plant du Liban, dans son chapeau, en 1734 : ce cèdre se trouve au jardin des plantes.
Cette essence exotique est très à la mode au XVIIIe s.
Il a un port tabulaire 


 Ce vénérable vieillard nous touche par son témoignage vivant et spirituel du Siècle des Lumières et abrite les commémorations de la libération des camps d’extermination, du 19 mars,  du 8 mai et de la libération de Gagny.

Il fait parti des arbres d'île de France sélectionné au concours "ARBRE DE L'ANNÉE 2015"
EXPOSITION AU PARC FLORAL DE VINCENNES

jeudi 27 février 2014

On ne naît pas citoyen

« Toute société qui n’est pas éclairée par des philosophes est trompée par des charlatans » – Condorcet.


La démocratie est une construction politique permanente qui se confronte aux évolutions sociales. Même dans une démocratie, on ne naît pas citoyen, on le devient par éducation et par pratique ; pour éclairer les idées, pour permettre à chacun de se déterminer. Il n’y a pas d’autres méthodes que la diffusion des connaissances et le débat, la délibération des citoyens dans le respect absolu des consciences , ce que la laïcité induit. 


Toi, futur citoyen, tu découvres comment vivre avec les autres. Et les adultes continuent cet apprentissage tout au long de leur vie. De la cour d’école au Parlement, chacun approfondit son sens de la liberté, du respect d’autrui et de la solidarité... ou devrait le faire. Dans ce livre, tu vas découvrir les bases de ta démocratie et le fonctionnement de la République. Tu vas comprendre qui gouverne et qui fait les lois. Tu peux déjà agir avec tes autres, t’engager avant même d’être majeur, réaliser que nous avons tous des droits et des devoirs ! Etre citoyen, demain, à l’horizon du monde : un projet fraternel et optimiste pour les jeunes d’aujourd’hui.

samedi 2 novembre 2013

le canular de BORONALI (1880-1910)


Lolo, un âne Gabinien, est devenu célèbre grâce à l’un des canulars de l’histoire de l’Art, orchestré en 1910 par Roland Dorgelès, ancien élève des  Beaux-Arts.  Adversaires de la peinture moderne il  désire faire un pied de nez aux moralisateurs et critiques de la peinture non académique.

Roland Dorgelès expose au salon des indépendants une toile titrée «  "Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique" »  titre noté par l'huissier dicté par Roland Dorgelès ( Réf Bouquet de Bohème) peinte par un peintre italien, jusqu’alors inconnu, Joachim-Raphael Boronali, par ailleurs théoricien d’un mouvement artistique « L'excessivisme » 
© Espace culturel Paul Bédu,  Milly-la-Forêt (Essonne) Donation Paul Bédu 1990

En réalité ce manifeste a été écrit par Roland Dorgelès et l’auteur du tableau est Lolo l’âne de Frédéric Gérard dit « Frédé », patron de Lapin Agile.
Les complices, André Warnod (journaliste au Comoedia et critique d’art), Jean Aubry (secrétaire du journal Fantasio), Pierre Girieud, (peintre montmartrois)  et Charles Genty (dessinateur humoristique) ont convaincu  Frédé de leur prêter son âne nommé «Lolo ». Pour cette mystification, ils attachèrent un pinceau à la queue de l’âne  et le trempèrent  alternativement dans différents pots de peinture. Lolo n’eut plus alors qu’à en barbouiller une toile placée près de sa croupe pendant que Frédé lui offrait des gâteries, carottes et même des feuilles de tabac, pour accélérer le mouvement caudal....

 Cette séance de peinture eut lieu devant le cabaret du Lapin Agile, sous le contrôle d’un huissier, On  s’exclamait des moindres coups de queue d’Aliboron. Une fois l’âne fatigué de cet exercice, le tableau fut signé J-H Boronali, anagramme d’Aliboron (l’âne des fables de la Fontaine).
Boronali peignant le tableau 


Voir l’Illustration 2 avril 1910  page 327

Ce canular  a fait beaucoup de bruit à l’époque, mais qui sait que Lolo, avant d’être artiste malgré lui,  a pendant de longues années, tiré la carriole  de Louise sage-femme à Gagny,  pour se rendre chez les femmes prêtes à accoucher  ou pour aller au lavoir, laver le linge.
En effet, trente ans plus tôt, après la mort de son mari,  Louise Gérard née Moissié, vient s’installer à Gagny, avec son fils ainé, Frédéric,  né à Athis Mons le 24 décembre 1860. Ils s'installèrent 7 rue Raffin, dans le bâtiment qui est actuellement une boulangerie à l’angle de la rue Jean  Jaurès (anciennement rue de Villemomble) et la rue Raffin. Sur la façade côté rue Raffin, une  grande fresque était peinte expliquant la création du monde : une ribambelle de bébés joufflus sortant d’une plate-bande de choux. Frédéric l’avait peinte pour rappeler le métier de sa mère.
Autoportrait de Frédéric GERARD
Après des études à l’école des arts, décoratifs,  il créait des motifs pour la fabrication de papier peint.

















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Lorsqu’il accompagnait sa mère au lavoir, il suivait du regard une belle jeune fille de 17ans , au déhanché, qui ne le laissait pas indifférent, lorsque revenant du lavoir, elle remontait la rue de Neuilly en poussant la brouette sur laquelle s’entassaient les paniers de linge.

Pauline Gacogne
Il finit par aborder Pauline, fille Gacogne, vieille famille d’agriculteurs de Gagny. leur mariage eut lieu le 2 juin 1883 à la mairie de Gagny


Ils vécurent à Gagny pendant trois ans et c'est là que sont nés ses deux premiers enfants , Hélène et Victor, puis ils déménagent à Villemomble pendant quelques années, es deux  fils , Fernand et Paul y naissent, avant de revenir à Gagny . 







Sa femme Pauline obtint le poste de gardienne de l’école du centre et ses garçons Victor, Marcel, Fernand, et Paul aidaient leur mère à balayer les classes, à allumer les poêles avant l’arrivée des élèves.


À la fin du siècle, Frédéric quitta son métier de dessinateur pour une vie de bohème. Lolo l’accompagna pour tirer sa charrette de marchand de quatre saisons puis de poissons. Il faisait, alors, des allers et venues entre Paris et Gagny, puis ils  furent de moins en moins nombreux.  

Ils divorcèrent en 1911, car Frédé, artiste dans l’âme, préférait la vie montmartroise et sa compagne Berthe Serbource gérante du Lapin Agile sur la butte à Pauline, qui termina sa vie à Gagny où elle est inhumée au cimetière du centre avec la mère de Frédéric.




( à suivre)

lundi 23 avril 2012

Histoire de notre école républicaine


L'école républicaine est le résultat d'une histoire qui commence à la Révolution française.
 Elle est jalonnée de contributions apportées fortes, par ceux qui en furent les acteurs ou les promoteurs : Condorcet, Jules Ferry, Jean Zay... .....Rousseau, Paul Langevin, Henri Wallon, 





Les principes de l'instruction publique selon Condorcet

Après Les Cinq Mémoires sur l’instruction publique (1791-1792), le discours présenté à l'Assemblée législative en avril 1792 contient l'essentiel de la pensée de Condorcet en matière d'enseignement. Pensée éminemment importante dans l'histoire de l'enseignement français, puisqu'elle inspiré tous les progrès éducatifs réalisés pendant le XIX° siècle, jusqu'à Jules Ferry. En voici les premiers mots.
Offrir à tous les individus de l'espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs besoins, d'assurer leur bien-être, de connaître et d'exercer leurs droits, d'entendre et de remplir leurs devoirs ; Assurer à chacun d'eux la facilité de perfectionner son industrie, de se rendre capable des fonctions sociales auxquelles il a droit d'être appelé, de développer toute l'étendue des talents qu'il a reçus de la nature, et par là, établir entre les citoyens une égalité de fait, et rendre réelle l'égalité politique 
reconnue par la loi. Tel doit être le premier but d'une instruction nationale ; et, sous ce point de vue, elle est pour la puissance publique un devoir de justice. Diriger l'enseignement de manière que la perfection des arts augmente les jouissances de la généralité des citoyens et l'aisance de ceux qui les cultivent ; qu'un plus grand nombre d'hommes deviennent capables de bien remplir les fonctions nécessaires à la société, et que les progrès toujours croissants des lumières ouvrent une source inépuisable de secours dans nos besoins, de remèdes dans nos maux, de moyens de bonheur individuel et de prospérité commune ; cultiver enfin, dans chaque génération, les facultés physiques, intellectuelles et morales, et, par là, contribuer à ce perfectionnement général et graduel de l'espèce humaine, dernier but vers lequel toute institution sociale doit être dirigée : tel doit être l'objet de l'instruction ; et c'est pour la puissance publique un devoir imposé par l'intérêt commun de la société, par celui de l'humanité entière.
Mais en considérant sous ce double point de vue la tâche immense qui nous a été imposée, nous avons senti, dès nos premiers pas, qu'il existait une portion du système général de l'instruction qu'il était possible d'en détacher, sans nuire à l'ensemble, et qu'il était nécessaire d'en séparer, pour accélérer la réalisation du nouveau système : c'est la distribution et l'organisation générale des établissements d'enseignement public.
En effet, quelles que soient les opinions sur l'étendue précise de chaque degré d'instruction ; sur la manière d'enseigner ; sur le plus ou moins d'autorité conservée aux parents ou cédée aux maîtres ; sur la réunion des élèves dans des pensionnats établis par l'autorité publique ; sur les moyens d'unir à l'instruction proprement dite le développements des facultés physiques et morales, l'organisation peut être la même ; et, d'un autre côté, la nécessité de désigner les lieux d'établissements, de faire composer les livres élémentaires, longtemps avant que ces établissements puissent être mis en activité, obligeaient à préciser la décision de la loi sur cette portion du travail qui nous est confié. Nous avons pensé que, dans ce plan d'organisation générale, notre premier soin devait être de rendre, d'un côté, l'éducation aussi égale, aussi universelle ; de l'autre, aussi complète que les circonstances pouvaient le permettre, qu'il fallait donner à tous également l'instruction qu'il est possible d'étendre sur tous ; mais ne refuser à aucune portion de citoyens l'instruction plus élevée, qu'il est impossible de faire partager à la masse entière des individus ; établir l'une, parce qu'elle est utile à ceux qui la reçoivent ; et l'autre, parce qu'elle l'est à ceux même qui ne la reçoivent pas. La première condition de toute instruction étant de n'enseigner que des vérités, les établissements que la puissance publique y consacre doivent être aussi indépendants qu'il est possible de toute autorité politique ; et comme, néanmoins, cette indépendance ne peut être absolue, il résulte du même principe, qu'il faut ne les rendre dépendants que de l'Assemblée des représentants du peuple, parce que, de tous les pouvoirs, il est le moins corruptible, le plus éloigné d'être entraîné par des intérêts particuliers, le plus soumis à l'influence de l'opinion générale des hommes éclairés, et surtout parce qu'étant celui de qui émanent essentiellement tous les changements, il est dès lors le moins ennemi du progrès des lumières, le moins opposé aux améliorations que ce progrès doit amener. Nous avons observé, enfin, que l'instruction ne devait pas abandonner les individus au moment où il sortent des écoles ; qu'elle devait embrasser tous les âges ; qu'il n'y en avait aucun où il ne fût utile et possible d'apprendre, et que cette seconde instruction est d'autant plus nécessaire, que celle de l'enfance a été resserrée dans des bornes plus étroites. C'est là même une des causes de l'ignorance où les classes pauvres de la société sont aujourd'hui plongées ; la possibilité de recevoir une première instruction leur manquait encore moins que celle d'en conserver les avantages.
Nous n'avons pas voulu qu'un seul homme dans l'Empire pût dire désormais : la loi m'assurait une entière égalité de droits, mais on me refuse les moyens de les connaître. Je ne dois dépendre que de la loi, mais mon ignorance me rend dépendant de tout ce qui m'entoure. On m'a bien appris dans mon enfance que j'avais besoin de savoir ; mais forcé de travailler pour vivre, ces premières notions se sont bientôt effacées ; et il ne m'en reste que la douleur de sentir, dans mon ignorance, non la volonté de la nature, mais l'injustice de la société.
Nous avons cru que la puissance publique devait dire aux citoyens pauvres : la fortune de vos parents n'a pu vous procurer que les connaissances les plus indispensables ; mais on vous assure des moyens faciles de les conserver et de les étendre. Si la nature vous a donné des talents, vous pouvez les développer, et ils ne seront perdus ni pour vous, ni pour la patrie.
Ainsi, l'instruction doit être universelle, c'est à dire s'étendre à tous les citoyens. Elle doit être répartie avec toute l'égalité que permettent les limites nécessaires de la dépense, la distribution des hommes sur le territoire, et le temps, plus ou moins long, que les enfants peuvent y consacrer. Elle doit, dans ses divers degrés, embrasser le système tout entier des connaissances humaines, et assurer aux hommes, dans tous les âges de la vie, la facilité de conserver leurs connaissances et d'en acquérir de nouvelles.
Enfin, aucun pouvoir public ne doit avoir l'autorité ni même le crédit, d'empêcher le développement des vérités nouvelles, l'enseignement des théories contraires à sa politique particulière ou à ses intérêts momentanés. Tels ont été les principes qui nous ont guidés dans notre travail.

Rapport et projet de décret relatifs à l'organisation générale de l'instruction publique
Assemblée législative, avril 1792.