mardi 18 août 2026

Fernand Gérard

 

FERNAND GÉRARD

Maroquinier Parisien

(1893 - 1970)

Une vie entre artisanat et Histoire


Introduction

L'histoire de Fernand Gérard , mon grand-père est celle d'un artisan parisien qui a traversé les bouleversements du XXe siècle.

Né en 1891, il fit ses classes primaires dans l’école du centre de Gagny où sa mère était gardienne de l’école, Son père Frédé l’ayant abandonné pour vivre une vie de bohème au Lapin Agile à Montmartre.

Recensement de 1896 à l’école du centre 1 rue de Villemomble

. Il obtint son certificat d’étude en 1901 et bien que n’ayant que 10 ans il est dispensé du temps de scolarité obligatoire qui lui reste à passer. » et devient apprenti dès le « certif » en poche,

de 1901à 1906 les recensements nous apprennent qu’il est apprenti chez Frapech , menuisier à Gagny

Et en 1911 il est apprenti chez le maroquinier Schilovitch (ou Schilovitz), maroquinier à Paris, (maison de maroquinerie parisienne aujourd’hui disparue, active au début du XXᵉ siècle).

Son activité était typique des maisons artisanales parisiennes de maroquinerie de l’époque :  avec la fabriation de sacs, articles en cuir et petite maroquinerie qui travaillait souvent pour une clientèle bourgeoise ou des commerces parisiens, parfois sans grande notoriété publique durable.

Très vite il est appelé sous les drapeaux, puis mobilisé et soldat pendant la Grande Guerre,

Il crée son atelier installé dans le quartier historique du faubourg Saint-Martin, puis témoin de la Seconde Guerre mondiale – son parcours reflète celui de toute une génération qui a connu à la fois la Belle Époque et les deux guerres mondiales.

À travers les photographies, documents militaires et objets qu'il a créés, j’ai pu retracer non seulement une vie, mais aussi l'évolution d'un métier et d'une époque.

1. L'apprentissage du métier (vers 1900-1911)

Le métier de maroquinier au tournant du siècle

Au début du XXe siècle, la maroquinerie connaît son véritable essor en tant qu'industrie à part entière. Le terme lui-même n'apparaît que vers 1835 avec la création du portefeuille. Avant cette période, la maroquinerie était surtout un complément de l'industrie du cuir, offrant de petits accessoires.

C'est à la fin du XIXe siècle que le métier se structure vraiment. Les grandes maisons de luxe comme Hermès (fondée en 1837), Louis Vuitton et Lancel voient le jour durant cette période. Le premier fabricant français d'objets de maroquinerie serait Simon Schloss, qui tenait une manufacture parisienne spécialisée dans les petits accessoires : porte-cigarettes, pochettes et porte-monnaie.

L'apprentissage de Fernand

 Comme le montre la photographie de groupe, Fernand fait son apprentissage dans un atelier parisien typique de l'époque. Sur cette photo, on distingue le patron, les ouvriers qualifiés et les apprentis, dont Fernand, debout avec sa blouse au second rang.

Cette image capture un moment de camaraderie dans le dur labeur quotidien de l'atelier.

L'apprentissage durait généralement 2 à 4 ans selon la complexité du métier. Les jeunes apprentis apprenaient :

• Le travail des différents cuirs (maroquin – peau de chèvre tannée, cuir de veau, de bœuf)

• Les techniques de coupe et de couture

• La fabrication de sacs, portefeuilles, ceintures, articles de voyage

• Les finitions et le travail des détails qui faisaient la différence entre un article ordinaire et un objet de luxe

À cette époque, contrairement à aujourd'hui, il n'y avait pas de diplôme obligatoire ni de CAP (qui n'existait pas encore). Le savoir-faire comptait plus que le papier. L'apprentissage se faisait « sur le tas », par transmission directe du maître à l'apprenti.

2. Sept ans sous les drapeaux (1911-1918)

Une génération sacrifiée


Les jeunes hommes de la photo d'apprentissage, pleins de vie et d'avenir, ne savaient pas encore ce qui les attendait. Comme des millions de Français de leur génération, ils allaient connaître près de sept ans d'interruption de leur vie civile :

• Le service militaire obligatoire (2 à 3 ans à l'époque)

• La Première Guerre mondiale (1914-1918, soit 4 années de guerre)

Pour Fernand, cela signifiait l'interruption de son apprentissage et le report de son installation comme artisan indépendant. Pour beaucoup de ses camarades de la photo, cela signifiait ne jamais revenir.

Le parcours militaire de Fernand

incorporé le 4 octobre 1911 au 146e Régiment d'Infanterie

Nommé caporal infirmier en 1916


Fernand est assis sur le banc , le troisième à partir de la droite , on voit qu’il est bien chevelu.

Fernand effectue son service militaire de 1911 à 1913. Lorsque la guerre éclate en août 1914, il est rappelé comme tous les réservistes. Le registre matricule indique qu'il « arrive au corps le 4 octobre 1914 et immatriculé sous le numéro congé d'illimité de démobilisation d'échelon le 28 juillet 1919 par le dépôt démobilisateur du 2e groupe d'artillerie à Paris ».

Affecté dans la réserve au 146e Régiment d'Infanterie

Le document précise qu'il a été « réformé temporairement par proposition pour une pension, invalidité inférieure à 30% par la 1re commission de réforme de la Seine du 1er septembre 1921 pour artériose du genou gauche, suite de traumatisme dans un match de foot-ball, pendant son séjour au front. Mise en sursis d'une affection pulmonaire. Examen des crachats négatifs ».

Blessé en 1918


Les certificats médicaux attestent d'une blessure contractée en 1918. On peut voir sur les photos de guerre Fernand en uniforme, d'abord au sein d'un groupe de soldats en 1915 (probablement dans un hôpital ou centre de convalescence, comme l'indiquent les brassards de la Croix-Rouge), puis seul en 1918.

Le document indique également : « Classé service armé et non proposé pour une pension d'invalidité inférieure à 10% par la 1re commission de réforme de la Seine du 11 novembre 1920 pour infirmité de l'articulation du genou gauche. Pas d'atrophie de la cuisse. Admis dans la réserve au 146e régiment d'infanterie affecté au dépôt du 146e Régiment d'Infanterie. »

il a alors rejoint ces hommes dont la mission n’était pas de combattre, mais de porter secours. Intégré pleinement au régiment, il partage les mêmes conditions de vie que les fantassins : les tranchées, le froid, la fatigue, l’attente et le danger constant.

Son rôle l’amène au plus près des combats. Infirmier ou brancardier, il prodigue les premiers soins, arrête les hémorragies, accompagne les blessés vers les postes de secours, souvent sous le feu ennemi. Il est témoin direct des souffrances et des pertes de ses camarades, affrontant chaque jour une charge physique et morale considérable.

Démobilisé en 1919 soit 7 ans sous les drapeaux

Croix de guerre étoile de bronze


Le 146ᵉ RI, régiment d’infanterie de ligne, a combattu sur plusieurs fronts majeurs (Artois, Champagne, Verdun, Somme…).
L’infirmier n’était pas à l’arrière : il vivait au même rythme que les fantassins, souvent à quelques mètres du combat.

Son quotidien ,

Le matin il est réveillé très tôt, souvent dans une tranchée, un abri creusé dans la terre ou une grange détruite, il Inspecte rapide les hommes, pour surveiller  : plaies mal cicatrisées, pieds gelés ou infectés (pied de tranchée) fièvres, diarrhées, épuisement

o    Il administre les soins ;  arrête les hémorragies, pose des pansements d’urgence, immobilise des fractures avec des moyens improvisés ; administre de la morphine quand il en a et rassure les blessés son rôle humain  est essentiel

o    Il travaille sans anesthésie, souvent dans la boue,  et dans l’obscurité

o   Puis il nettoyage sommaire des instruments (quand il y avait de l’eau), mais constate qu’il manque presque toujours des pansements, du désinfectant et surtout de la morphine

Lorsqu’il revient de la guerre, Fernand Gérard n’est plus tout à fait le même homme. Il est revenu chauve, transformation visible parmi tant d’autres, plus silencieuses, que la guerre impose à ceux qui y ont survécu. C’est sans doute pour cette raison qu’il est resté, dans le souvenir familial, presque toujours coiffé d’un béret, devenu une part de son image et de sa présence.

Aujourd’hui, le souvenir de Fernand Gérard demeure dans ces détails transmis de génération en génération : une chevelure bouclée avant le départ, un béret après le retour. Autant de signes discrets d’une vie traversée par l’Histoire.



Décoration





 

Se reconstruire : mariage en temps de guerre

Malgré la guerre qui fait rage, Fernand épouse Suzanne Hubert le 21 octobre 1916. Ce mariage en pleine guerre témoigne d'une volonté de vivre et de construire malgré l'horreur du conflit.

Le couple aura trois enfants :

• Lucienne (1917-1963) – née pendant la guerre, alors que Fernand est encore au front

• Gilbert (1919-1994) – né juste après l'armistice

• Jocelyne (1932-) – née bien après, toujours en vie aujourd'hui

3. L'installation comme artisan (années 1920)

Le retour à la vie civile

Après la démobilisation en 1919, Fernand doit reconstruire sa vie. Comme beaucoup d'anciens combattants, il reprend son métier d'avant-guerre. Mais il a perdu sept années précieuses – sept années pendant lesquelles il aurait pu se perfectionner, économiser, se constituer une clientèle.

Il a aussi une famille à nourrir : Suzanne, Lucienne (2 ans) et le petit Gilbert (nouveau-né). L'urgence est de gagner sa vie.


Le faubourg Saint-Martin : quartier des artisans du cuir

Fernand choisit de s'installer dans le faubourg Saint-Martin, 10e arrondissement de Paris. Ce n'est pas un hasard : c'est LE quartier historique des artisans du cuir et de la maroquinerie.

Un territoire artisanal depuis le Moyen Âge

Dès le Moyen Âge, ces faubourgs étaient habités par des artisans et commerçants. Au XIXe siècle, le faubourg Saint-Martin était un territoire en plein essor avec le développement de l'industrie et de l'artisanat. Le quartier se spécialise dans la fabrication de « l'article de Paris » qui cherche à mettre le luxe à portée de tous.

Une concentration d'artisans du cuir

Le boulevard de Strasbourg et le secteur comptaient de nombreux fourreurs et artisans du cuir jusqu'aux années 1960. Toute une communauté professionnelle se côtoyait. Dans les cours et ateliers du quartier, on trouvait des grossistes en cuir comme Chadefaux installé rue Taylor en 1921, spécialisé dans la vente de peaux de moutons et chèvres puis de cuir de vache pour l'artisanat.

Fernand avait donc ses fournisseurs à deux pas de son atelier !

Un quartier accessible pour un jeune artisan

Ce n'était pas un quartier bourgeois cher, mais un quartier ouvrier et commerçant. C'était abordable pour un jeune artisan qui démarrait avec un capital limité. Comme le disait un témoin de l'époque : « C'était un village avec ses grossistes, imprimeurs, maroquiniers, garages... On se connaissait tous. »


Une rue commerçante animée

La rue du Faubourg Saint-Martin est une rue commerçante animée de près de 2 kilomètres reliant le Canal Saint-Martin à la Gare de l'Est. Beaucoup de passage signifiait beaucoup de clients potentiels pour un artisan maroquinier.

Les deux adresses professionnelles de Fernand

93 faubourg Saint-Martin → Son premier atelier

138 faubourg Saint-Martin → Son deuxième atelier (plus au nord, vers la Gare de l'Est)

Le fait qu'il ait déménagé du n°93 au n°138 suggère probablement une réussite professionnelle : besoin d'un plus grand atelier, ou d'un meilleur emplacement commercial. Le 138 avait l'avantage particulier d'offrir deux espaces distincts : le 5e étage servait d'atelier, tandis qu'un autre étage servait de logement familial. C’est à cette époque qu’il quitte Gagny

Cette séparation entre atelier et logement était un signe de réussite pour un artisan. Au début de leur carrière, la plupart vivaient et travaillaient dans la même pièce. Pouvoir séparer les deux espaces, même dans le même immeuble, montrait qu'on avait « monté » socialement.

Sa spécialité : sacs à main et manches de parapluie

Fernand se spécialise dans deux produits :

Les sacs à main : Comme on peut le voir sur les photographies de ses créations, Fernand maîtrise l'art du sac structuré.



Les manches de parapluie en cuir : C'était un produit de luxe très demandé. Les photographies montrent trois styles différents de manches qu'il fabriquait : cuir uni avec surpiqûres blanches impeccables, cuir à motif grain de riz/tressé, et tissu à carreaux avec finitions cuir. Le travail est d'une finesse remarquable.

C'était malin de se spécialiser dans les manches de parapluie car :

• C'était un produit qui s'usait et devait être remplacé (clientèle récurrente)

• Une clientèle bourgeoise fidèle

• Un travail précis qui demandait un vrai savoir-faire

• Complémentaire avec la maroquinerie (même matières premières)

Les parapluies à manche de cuir ouvragé n'étaient pas de simples objets utilitaires, mais de véritables accessoires de mode. Fernand était un artisan de luxe.

La collaboration avec Louis Vuitton

Fernand travaille pour Louis Vuitton, l'une des maisons les plus prestigieuses de Paris. Louis Vuitton sous-traitait certaines fabrications à des artisans maroquiniers parisiens qualifiés. Être choisi par Louis Vuitton montrait que Fernand était reconnu pour son savoir-faire exceptionnel. Il travaillait également pour Hermès

Cette collaboration lui permettait aussi d'avoir un revenu stable, tout en gardant sa propre clientèle pour ses créations personnelles.

4. La Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

L'Occupation : une période difficile


Réquisition


En 1940, Fernand a 47 ans. Il habitait encore Gagny et avait son atelier au 93 rue Saint Martin.



Il s’est installé au 138 faubourg Saint-Martin avec son atelier au 5e étage et le logement familial à au second étage.Les WC étaient à mi étage l’appartement avait une cuisine sans fénêtre, une chambre et une salle à manger .

On entrait dans l’atelier dans une pièce avec une cheminée en marbre, un local pour stocker les cuirs , et on entrait dans l’atelier par une porte à droite , Au-dessus de la porte il y avait des angelots sur une portée et Pépère disait : Do Dominique, Ré Régine et Mi Micheline ( ses trois premiers petits enfants)

Suzanne ma grand-mère se tenait près de la fenêtre la pince -béquille entre les jambes pour coudre en piqûre sellier ‘( le point sellier, deux aiguilles qui se croisent dans le cuir épais.)

Au centre de la pièce il y avait une longue table avec deux postes de travail .


 La vie quotidienne devient extrêmement difficile sous l'Occupation allemande.

Les difficultés pour les artisans

• Restrictions de matières premières : Le cuir était rationné et souvent réquisitionné par les Allemands

• Clientèle appauvrie : Les Parisiens avaient beaucoup moins d'argent pour acheter des articles de luxe

• Activité diminuée : Fernand continue de travailler mais à un rythme très réduit

La stratégie de survie

Selon le journal de l'exode de sa femme Suzanne ma grand-mère, Fernand survit grâce à plusieurs sources de revenus complémentaires :

1. Travail pour Louis Vuitton, Hermès : Même pendant la guerre, il continue quelques commandes pour ces maisons de luxe

2. Quelques clients particuliers : Probablement des réparations et des articles essentiels

3. Le loyer d'une maison à Gagny : Cette maison, héritée de sa mère Pauline Gacogne, lui fournit un revenu stable en temps de crise. Gagny est une commune en proche banlieue est de Paris. Cette propriété était une vraie bouée de sauvetage !

Cette diversification des revenus était typique de la stratégie de survie pendant l'Occupation : garder un pied dans le métier même au ralenti, et s'appuyer sur du patrimoine stable.

Le sac de 1942 : un chef-d'œuvre en temps de guerre


En 1942, malgré les restrictions et les difficultés, Fernand crée un magnifique sac à main pour les fiançailles de son fils Gilbert avec Léone sa future belle-fille. Ce sac est aujourd'hui conservé précieusement par la famille.

Description du sac

C'est un sac « docteur » (ou « kiss-lock bag ») en cuir bordeaux/grenat, avec un fermoir métallique doré. La forme est arrondie, structurée, très élégante – le style parfait pour une jeune fiancée des années 1940.

Un kiss-lock bag (ou sac à fermoir "baiser") est un sac dont le fermoir est composé de deux boules métalliques qui s'emboîtent l'une dans l'autre en faisant un petit "clic" – comme deux lèvres qui se touchent, d'où le nom !

Ce style de fermoir était typique des sacs élégants de cette époque. Il fallait un vrai savoir-faire pour monter le cuir sur ce type d'armature métallique – c'est d'ailleurs pour ça qu'on l'appelle aussi "doctor bag" car les médecins utilisaient ce même système de fermeture pour leurs trousses.

Le savoir-faire visible

• Les surpiqûres doubles parfaitement régulières , les anses courtes cousues main avec précision millimétrique souvent réalisées par ma grand-mère Suzanne ce sac tient debout tout seul.

Un cadeau exceptionnel en temps de guerre

En 1942, avec le cuir rationné et réquisitionné, offrir un sac de cette qualité représentait un sacrifice considérable. Fernand a probablement économisé du beau cuir bordeaux pendant des mois pour pouvoir créer ce cadeau.

Le fermoir métallique doré aussi devait être très difficile à trouver – tout le métal était réquisitionné pour l'effort de guerre allemand.

Ce sac disait à sa belle-fille : « Tu fais partie de la famille, et même en temps de guerre, tu mérites le meilleur. »

Deux vies pour un sac

Le sac a eu deux vies :

1942-1955 : Maman l'a porté quotidiennement pendant une quinzaine d'années – ses sorties, ses courses, sa vie de jeune femme puis de jeune maman dans le Paris de l'après-guerre.

Photo prise peu de temps avant ma naissance (21 février 1945) d’où le Késako écrit par papa



Après 1955 : Elle l'a précieusement conservé en y rangeant les papiers de famille. Le sac créé avec amour est devenu le gardien des mémoires familiales.

Plus de 80 ans après sa création, le sac est toujours intact, témoignant de la qualité exceptionnelle du travail de Fernand. Le cuir a magnifiquement vieilli, prenant cette belle patine qui raconte son histoire.

Conclusion : Un artisan, une époque

L'histoire de Fernand Gérard est celle d'un homme ordinaire qui a vécu une époque extraordinaire. Apprenti sous la Belle Époque, soldat de la Grande Guerre, artisan installé dans les années 1920, témoin de la Seconde Guerre mondiale – il a traversé tous les bouleversements du XXe siècle.

Son parcours illustre aussi la résilience d'une génération : sept ans perdus sous les drapeaux, puis la reconstruction d'une vie et d'un métier malgré les épreuves.

Les objets qu'il a créés – particulièrement le sac de 1942 – sont bien plus que de simples articles de maroquinerie. Ce sont des témoignages tangibles d'un savoir-faire, d'une époque, et de l'amour qu'un artisan pouvait mettre dans son travail.

Aujourd'hui, plus de 50 ans après sa mort (1970), Fernand vit encore à travers :

• Les photographies qui le montrent apprenti, soldat, artisan dans son atelier

• Les documents militaires qui attestent de son sacrifice pendant la Grande Guerre

• Le sac bordeaux qu'il a créé en 1942, toujours intact après plus de 80 ans

• Les photographies de ses manches de parapluie montrant son savoir-faire exceptionnel

• Les souvenir transmis à travers les générations

L'histoire de Fernand nous rappelle que derrière chaque objet artisanal se cache une vie, un savoir-faire transmis de génération en génération, et une époque révolue qu'il est essentiel de préserver et de transmettre.

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mercredi 2 janvier 2019

Adieu Jean


Jean,

Je me souviens avec nostalgie de la première fois où je t'ai rencontré. J'avais 5 ans et nous nous sommes croisés dans les escaliers de l'atelier des grands parents, à Paris.

 Ta tenue militaire, ta belle carrure, ton sourire et tes beaux yeux bleus ont impressionné, marqué la petite fille que j'étais.


La douceur qui émanait de ta personne a fait que je t'ai tout de suite adopté. Ma tante Jocelyne avait bien choisi l'homme qui accompagnera sa vie.



Puis J'ai grandi, et à l'adolescence nous échangions beaucoup sur différents sujets, même si nous ne partagions pas toujours les mêmes idées, mais au final, nous prenions plaisir mutuellement à nos joutes verbales.
Je garde des souvenirs très agréables à Saint Cyr où la famille était réunie. Je me souviens tout particulièrement du ramassage des pommes en vue de la réalisation du cidre.
Ton tragique accident du travail,  t'a frappé au bel âge de la vie,   Tu as surmonté avec courage et pugnacité cet handicap.
 Tu as réappris à écrire, à bricoler  et tout cela de la main gauche et sans jamais te plaindre. Tu as réussi à retrouver une vie quasi normale, si bien que de nombreuses personnes te côtoyant, ignoraient ton histoire et tes difficultés.





La retraite venue, tu as eu beaucoup de mal à quitter Noisy-le-Sec et ta maison familiale, mais tu es venu t'installer à Saint-Cyr  pour faire plaisir à Jocelyne.
Tu t'es néanmoins investi dans la vie communale en tant que conseiller municipal pendant un mandat.
Tu faisais l'admiration de Jocelyne et de tous les membres de ta famille.
Toi et Jocelyne, formiez un couple uni et combattant qui représente à mes yeux, un modèle précieux.

Par le don de photos de l'Usine BABCOCK à la Courneuve que tu as fait aux archives de Seine-Saint-Denis, ton nom reste vivant; En famille, nous continuerons à évoquer  nos souvenirs communs, et sache que nous ne t'oublierons pas.
Repose à présent en paix.
ta nièce Régine.



samedi 8 septembre 2018

Les frères GERARD poilus en 14-18

Fernand, Marcel et Paul GERARD photographiés le 16 mai 1919






Fernand, né le 11 avril 1891 rue Lagache à Villemomble
Matricule 1206, appelé sous les drapeaux pour son service militaire en 1912, dans le 146ème  régiment d'infanterie,



















Correspondance de Fernand à sa mère et à ses frères


 






Nommé caporal infirmier en 1916 


Démobilisé après la guerre en 1919.  
Croix de guerre étoile de Bronze





Marcel  né le 10 février 1889 à Gagny matricule 1071 incorporé pour son service militaire en octobre 1910 au 37ème régiment d’infanterie ; 

Rappelé avec la mobilisation générale du 1er Aout 1914.

Malade il est passé dans les services auxiliaires pour dyspepsie en 1915 réformé temporairement en juin 1918 et décédé le 17 juillet 1919

Paul né 9 août 1895 rue Lagache à Villemomble  
Matricule 4919 incorporé à compter du 20 décembre 1914 dans le 8 ème bataillon des chasseurs à pied puis dans le 61ème bataillon des chasseurs à pied et enfin dans le 159ème régiment d’infanterie. sergent le 21 septembre 1916



Photo prise alors qu’il est au 8ème bataillon des chasseurs à pieds,  après le décès de sa mère Pauline Gérard gardienne de l’école du centre de Gagny (brassard noir )





carte postale de Paul à son frère Marcel hospitalisé pour sa dyspepsie. 
Prisonnier de guerre en 1916 à BIARCHES (somme) en captivité à Dülmen district de Munster acte du 21 décembre 1916






Démobilisé en septembre 1919. Croix de guerre 

mardi 14 août 2018

Les escargots


Lorsque tous les cousins étaient en vacances à saint-Cyr, dès qu’il avait plu, nous chaussions nos bottes et nous partions ramasser des escargots des bourgognes, en plus grand nombre, et des petits gris.
La récolte était bonne souvent plus de trois cents. Notre gran-mère nous les faisait mettre alors dans une caisse  Pour  les nourrir de son et de farine pendant 4 à 5 jours, elle nous disait que c’était la de façon à les débarrasser des herbes toxiques ou amères qu’ils auraient pu ingérer et  avec beaucoup de thym (pour le goût). Ensuite on les mettait  ensuite à jeûner, dans une caisse en bois, pendant 1 semaine à 2 semaines, jusqu’à notre prochain séjour..
Enfin c’était la préparation de ces gastéropodes.
Dans la famille tout le monde en raffolait. Cette opération était devenu rituelle, presque « un  cérémonial ».

Après leur période de jeun pour vider leurs intestins, Ils dégorgeaient  dans du de gros sel. Ils bavaient et la corvée de nettoyage, peu ragoûtant avec tant de bestioles à nettoyer, mais néanmoins c’était agréable car cela laissait la peau douce. Après plusieurs rinçages pour obtenir des escargots bien propres, Il fallait éliminer ceux qui étaient recroquevillés au fond de leur coquille car ils étaient morts.
Tout cela demandait pas mal de temps et c’était le travail de ma mère et de ma grand-mère
Pendant cette opération, Mémère faisait bouillir  de l’eau sur la cuisinière à bois, puis elle les plongeait pendant 5 minutes dans de l’eau bouillante salée et vinaigrée.
Il fallait ensuite les égoutter et notre travail reprenait car il fallait les sortir de leur coquille à l’aide d’une épingle à nourrice et retirer le tortillon sur les escargots de Bourgogne, on laissait celui  de petits gris.
Puis ma mère préparait la cuisson, pour cela elle épluchait et taillait des oignons en quartiers, taillait de même le demi fenouil,  tronçonnait une branche de céleri en trois parties et préparait le bouillon en ajoutant un bouillon de volaille, du vin blanc, l’oignon, le fenouil et le céleri, le thym et le laurier.
Les escargots étaient mis dans la casserole et le tout était porter à ébullition. A casserole restait sur le feu longtemps. On les retirait du feu pour les laisser refroidir dans leur bouillon de cuisson. Maman les égouttait.
Selon l’envie et le temps de ma grand-mère , ou ils étaient cuits en ragoûts ( plus rapide) ou alors on les recoquillait.
Les coquilles vides bien nettoyées, le travail des cousins était de les remettre dans les coquilles.

Pendant que nous les recoquillons  Mémère à l’aide de deux couteaux, préparait la farce bien caractéristique destinée à couvrir les escargots  une fois bien recoquillés. Cela demandait également un temps assez long  car à l’époque il n’existait pas encore d’appareil permettant de hacher le persil, l’ail et l’échalote. Avec ses deux couteaux, elle hachait ces condiments et les mélangeait au beurre pour obtenir cette délicieuse pâte que l’on connait. Je me tenais tout près car il restait toujours un peu de ce mélange après remplissage des coquilles. 
Nous avions tous droit à une ou plusieurs petites tartines de cette persillade escargots. Un vrai délice ! C’était presqu’une récompense de pouvoir déguster ces tartinettes beurrées et aillées à souhait.






Ces après-midis  « escargots » font  partie de mes très bons souvenirs de Saint Cyr

vendredi 16 juin 2017

TEXTE D'ADIEU à Mamine ( Fanny)


Souviens-toi…  souviens-toi de tous ces moments passés ensemble !
Malgré notre différence d’âge nous nous ressemblions beaucoup, toutes deux infatigables lectrices, pour me faire plaisir tu avais accepté d’entrer dans l’univers de la guerre des Clans; très bavardes et gourmandes.
Souviens-toi des mercredis où je venais te voir, nous en avons passé des heures à discuter et à manger des bonbons que tu cachais dans les placards (contre le gré de Maman et mamie)
Tu me racontais la guerre, je te racontais l’école.
Tu me racontais ta vie, je te racontais la mienne.
Ce que je préférai c’est que tu me racontes l’histoire, ton histoire : Quand les Allemands allaient sur Paris, qu’il fallait fuir ! Comment du haut de tes dix-huit ans tu te débrouillas pour rejoindre ta famille dans le bassin d’Arcachon.
Si tu m’entends et si par chance tu écoutes mes paroles, je veux te dire que tu m’as beaucoup apporté. Ces souvenirs sont précieux, ils ont forgé mon identité, celle que je suis aujourd’hui. Dans un sens tu continues à vivre en moi. 
Je t’aime et je ne t’oublierai jamais.

Fanny

TEXTE ADIEU A MAMINE ( Fabienne)

Tu vivras toujours, ma petite Mamine
Aujourd’hui, il faut que tu nous quittes pour aller rejoindre ton amour de toujours.
Mes enfants, mon mari n’ont jamais connu papé, de son vivant et pourtant ils le connaissent bien car nous parlons de lui souvent et au présent. Ils l’auraient tant aimé.
Quand je bricole, il est avec moi, il me motive et me donne conseils et confiance.
Toi tu m’as transmis l’amour de la nature et du jardinage.
Il fallait que ton jardin soit magnifique, désherbé à la pince à épiler. Ce n’était pas toujours facile mais tu m’as transmis ton savoir-faire.
Aujourd’hui, je regarde la bouture de ton rosier pour savoir quel souvenir tu m’offres encore de toi.
Je veux te remercier de l’amour que tu nous as donné, du réconfort que je venais trouver chez vous.
Ces dernières années, c’était à moi de prendre soin de toi. J’ai fait de mon mieux tu sais.
A présent, tu es en paix. Nous t’embrassons tous très tendrement.
Fabienne

TEXTE D'ADIEU à Léone GERARD (Xavier et Régine)

Maman s'est éteinte paisiblement le lundi 13 juin 2017 dans sa 96 ème année.

Texte que j'ai  lu lors de ses obsèques le jeudi 15 juin .

Nous sommes réunis aujourd’hui pour faire nos derniers adieux à celle que nous avons pris l’habitude d’appeler affectueusement « Mamine ». Quelques mots donc, pour rendre hommage à la vie de cette femme qui fût une épouse, une mère et une grand-mère exemplaire, mais aussi ’une femme heureuse, qui savait profiter des joies de l’existence et partager avec tous, son bonheur et son énergie. 

Sa vie fût exceptionnellement longue et exceptionnellement heureuse. Son sourire et sa joie de vivre l’ont probablement accompagnés jusqu’à son dernier souffle. 

Elle est née à Pantin en 1922, fille aînée  d’Emile Maire originaire du haut-Doubs qui travaillait aux « chemins de fer de l’Est » et de Berthe Migaux, une maîtresse femme dont l’autorité à la maison était manifestement sans faille, aussi bien sur son mari que sur sa fille aînée. 

L’émancipation pour une femme de cette époque ne pouvait passer que par le Mariage. Il fallait donc lui trouver un bon mari, gentil, fidèle et sérieux. Son Père voulait avec insistance lui présenter un de ses jeunes et brillants collègues de bureau. Au début un peu réticente devant l’image de joli cœur un peu volage du jeune homme, elle finit  par être séduite  par son charme et sensible à sa cour intense. Elle décida alors de s’engager auprès de Gilbert qui deviendra l’Amour de sa vie,  ils se marieront en 1942 et  formèrent une famille. 

Jamais un couple n’est apparu aussi complémentaire et soudé que Léone et Gilbert. Tous les évènements de la vie qu’ils ont traversés, l’exode, la guerre, la captivité, les privations, l’agrandissement de leur maison, l’éducation de leurs deux filles, Régine et Micheline, elle l’a toujours l’accompagné dans son engagement bénévole, dans les voyages aux quatre coins de l’Europe pour des congrès espéranto, qu’elle n’appréciait pourtant pas trop, tout cela  n’a fait que les rapprocher. Même l’épreuve finale de la longue maladie qui finalement emporta notre Père n’a fait que renforcer l’Amour qu’ils se portaient l’un l’autre. 

Pas un jour depuis, Mamine n’a cessé de vivre dans le souvenir et l’absence de son époux. Et probablement que depuis l’autre monde Papé attendait aussi  de la retrouver avec la même impatience. C’est chose faite désormais. Ils sont enfin réunis. Que leur Amour puisse se reformer et continuer à rayonner longtemps sur nos cœurs. 

Maman n’était pas qu’une épouse dévouée qui acceptait comme beaucoup des femmes de sa génération de vivre dans l’ombre de son Mari,  Elle était de ces femmes, sans lesquelles les hommes ne sont que des colosses aux pieds d’argile. Elle était sa cheville ouvrière, à la racine de sa force et de sa constance. 

Elle n’était pas qu’une maîtresse de maison qui excellait dans les petits plats, dont elle régalait grands et petits, son clafoutis aux cerises était un délice. Disponible pour chacun d’entre nous elle était toujours active, et de ses mains habiles sortaient tricots, broderies, couture mais  elle n’hésitait pas à aider Papé dans les travaux de maçonnerie.
 Elle était aussi une mère attentive, une grand-mère dévouée et aimante, qui savait s’occuper de sa famille avec patience et passion, sachant soigner les petits bobos du corps ou du cœur. Elle avait le sens profond de l’amitié, Violette son amie de collège qui a été ma marraine l’a accompagnée toute sa vie, Paulette jeune maman rencontrée en 45 dans un square parisien, est devenue une amie pendant plus de 40ans, je nommerai également Marie-Louise  avec qui elle partageait la passion du tricot et de la couture. C’était également une voisine serviable.

Elle avait aussi son univers et ses passions, au premier rang desquels le jardinage et la culture des fleurs. Elle avait « la main verte ». Le guide clause était sa bible. Elle a longtemps rêvé d’une serre. Elle a fini par avoir une véranda, qui au fil des ans se transforma vite en jardin d’intérieur où orchidées, bougainvillier s’épanouissaient, elle bouturait tout ce qu’elle pouvait  et faisait pâlir de jalousie tout le monde car elle en réussissait beaucoup. Fabienne voit une des dernières boutures de rosier s’épanouir et attend avec fébrilité sa première rose.

Infatigable lectrice, elle aimait aussi à se réfugier dans les livres historiques ou de terroir, pour retrouver les parfums de la France d’antan.
Les trois dernières années ont vu sa mémoire devenir défaillante, mais de nombreux flash de souvenirs de ses jeunes années venaient éclairer nos conversations.


Maman aimait quand Papa lui chantait « le doux caboulot » de Francis Carco et l’écoutait souvent pendant son veuvage.